Deux logiques radicalement différentes
En SASU, vous avez le choix entre deux façons de sortir de l'argent de votre société, et elles ne se comparent pas terme à terme. Le salaire supporte des charges sociales lourdes (environ 85 % du net versé, à la charge de la société) mais ouvre de vrais droits : trimestres de retraite, indemnités maladie, chômage exclu mais couverture maladie complète. Les dividendes échappent à toute charge sociale mais sont taxés à la flat tax — 31,4 % depuis 2026 — et ne génèrent absolument aucun droit social.
Ce n'est donc pas une question de "lequel coûte le moins cher" dans l'absolu, mais de ce que vous achetez avec chaque euro : de la protection sociale immédiate, ou de la trésorerie nette plus importante aujourd'hui.
Le plancher de salaire à ne pas descendre
Avant tout arbitrage, deux seuils techniques méritent d'être connus, car ils transforment un dividende "gratuit" en mauvaise surprise s'ils sont ignorés.
Valider ses 4 trimestres de retraite demande un salaire brut annuel au moins égal à 600 fois le SMIC horaire en vigueur, soit environ 7 400 € bruts par an en 2026 (le SMIC ayant été revalorisé deux fois cette année). En dessous, chaque trimestre manquant retarde votre retraite à taux plein.
Neutraliser la taxe PUMa (la cotisation due si vous n'avez pas d'autre source de revenu d'activité suffisante) demande un salaire brut autour de 800 €/mois. Sans cela, percevoir uniquement des dividendes peut déclencher cette taxe annuelle, qui vient grignoter l'avantage apparent du "tout dividendes".
L'impôt sur les sociétés intervient avant la distribution
Les dividendes ne se prélèvent pas sur le chiffre d'affaires, mais sur le bénéfice après impôt sur les sociétés. Ce détail change le calcul : sur les premiers 42 500 € de bénéfice annuel, l'IS est de 15 % (sous conditions : CA inférieur à 10 millions d'euros, capital détenu à au moins 75 % par des personnes physiques) ; au-delà, le taux normal de 25 % s'applique.
Un bénéfice de 50 000 € supporte donc 15 % sur les premiers 42 500 € (6 375 €) et 25 % sur les 7 500 € restants (1 875 €), soit 8 250 € d'IS — il reste 41 750 € distribuables, qui supportent ensuite la flat tax de 31,4 % s'ils sont versés en dividendes.
Ce que change la flat tax à 31,4 %
Avant 2026, un euro de dividende net de tout coûtait à la société environ 1,43 € (IS puis flat tax à 30 %). Avec la hausse à 31,4 %, ce coût grimpe légèrement. L'écart avec le salaire se resserre un peu, sans changer la logique générale : pour un dirigeant en tranche marginale d'imposition de 30 % ou plus, la flat tax reste presque toujours plus avantageuse que le barème progressif sur les dividendes. Pour une TMI à 0 % ou 11 %, l'option pour le barème progressif (case 2OP) — qui n'est plus irrévocable depuis 2026 — devient compétitive grâce à l'abattement de 40 % sur les dividendes.
La méthode pour trouver le bon dosage
1. Fixez d'abord le salaire plancher qui valide vos trimestres et neutralise la taxe PUMa — c'est non négociable si vous comptez sur ce mandat pour votre protection sociale.
2. Évaluez votre besoin réel de protection sociale. Si vous avez une autre activité, un conjoint avec une couverture, ou un horizon de retraite encore lointain où vous comptez basculer vers un autre statut, le plancher minimal peut suffire.
3. Regardez votre TMI personnelle avant de choisir entre flat tax et barème progressif sur la part dividendes — c'est souvent le levier le plus simple à actionner, et il peut être révisé chaque année.
4. Resimulez chaque année. Entre la revalorisation des seuils, les taux de cotisation qui évoluent, et votre propre TMI qui peut changer, un arbitrage qui était optimal l'an dernier ne l'est pas forcément cette année.