Pourquoi amortir un bien
Quand une entreprise achète un bien destiné à durer plusieurs années — un ordinateur, un véhicule, une machine — elle ne peut pas passer tout son coût en charge l'année de l'achat. La comptabilité impose d'étaler cette charge sur la durée d'utilisation prévue du bien, via une dotation aux amortissements constatée chaque année. Deux méthodes existent pour répartir cette dotation : le linéaire et le dégressif.
Amortissement linéaire : la méthode de référence
Le linéaire répartit une dotation identique chaque année. Le taux se calcule simplement : 1 ÷ durée d'amortissement. Un bien amorti sur 5 ans a donc un taux linéaire de 20 % par an.
Seule complexité : le prorata temporis. Un bien n'est jamais acheté pile au 1er janvier — l'année d'acquisition, la dotation se calcule au nombre de mois réels de détention. Un bien acheté en avril n'est amorti que sur 9 mois la première année (de avril à décembre), ce qui décale d'autant la dernière annuité l'année suivant la fin de la durée théorique : un bien amorti sur 5 ans avec un prorata génère en réalité 6 lignes d'amortissement, pas 5.
Amortissement dégressif : plus rapide au départ
Le dégressif applique un taux plus élevé les premières années — utile pour les biens qui perdent rapidement de la valeur ou deviennent obsolètes vite (matériel informatique, par exemple). Le taux dégressif s'obtient en multipliant le taux linéaire par un coefficient légal, qui dépend de la durée d'amortissement :
| Durée d'amortissement | Coefficient |
|---|---|
| 3 ou 4 ans | × 1,25 |
| 5 ou 6 ans | × 1,75 |
| Plus de 6 ans | × 2,25 |
Le taux dégressif s'applique chaque année, non pas à la valeur d'origine, mais à la valeur nette comptable (VNC) restante — d'où des dotations qui diminuent d'année en année, contrairement au linéaire où elles restent constantes. Le dégressif est interdit pour les biens d'occasion et les immeubles : il ne concerne que le matériel neuf.
La bascule automatique vers le linéaire
C'est le point le moins intuitif du dégressif : il ne se termine jamais en dégressif pur. Chaque année, le taux dégressif fixe (appliqué à une VNC qui rétrécit) finit par devenir inférieur au taux linéaire calculé sur la durée restante. La règle fiscale impose alors de basculer vers ce taux linéaire, pour que le bien soit intégralement amorti à l'échéance plutôt que de traîner indéfiniment un solde résiduel de plus en plus petit.
Exemple chiffré complet
Un bien de 12 000 €, amorti sur 5 ans, acheté en avril (donc 9 mois de prorata la première année). Coefficient dégressif applicable : × 1,75 (durée de 5 ans).
| Année | Dotation linéaire | Dotation dégressif |
|---|---|---|
| 1 (prorata 9/12) | 1 800 € | 3 150 € |
| 2 | 2 400 € | 3 097,50 € |
| 3 | 2 400 € | 2 013,38 € |
| 4 | 2 400 € | 1 661,83 € bascule ↩ |
| 5 | 2 400 € | 1 661,83 € |
| 6 (solde) | 600 € | 415,46 € |
Bascule automatique vers le linéaire en année 4 : le taux linéaire sur VNC restante dépasse le taux dégressif fixe (35 %).
Premier constat : la dotation dégressif de l'année 1 (3 150 €) vaut exactement 1,75 fois la dotation linéaire (1 800 €) — normal, puisque le taux dégressif est le taux linéaire multiplié par le coefficient légal. Deuxième constat : la bascule intervient en année 4, où le dégressif rejoint puis suit le linéaire jusqu'à l'extinction complète du bien en année 6 — la même année de fin que le linéaire, malgré des dotations très différentes en cours de route.
Les tableaux d'amortissement se génèrent automatiquement dans une compta en ligne.