Un chiffre global qui cache 7 postes distincts
Quand un travailleur non salarié (EI au régime réel, gérant majoritaire d'EURL ou de SARL) regarde ses cotisations sociales, il voit généralement un seul montant prélevé — et un taux qui tourne autour de 45 % qui finit par ressembler à une simple ponction. En réalité, ce total additionne sept lignes de cotisations différentes, chacune calculée avec ses propres règles et finançant une protection sociale précise.
Comprendre cette décomposition change la perception du chiffre : ce n'est pas une taxe uniforme, c'est l'addition de plusieurs assurances obligatoires — retraite, santé, famille — dont certaines rapportent directement des droits futurs (une pension, des points de retraite complémentaire) et d'autres financent une solidarité plus large (allocations familiales, CSG).
Les 7 postes de cotisations, un par un
| Poste | Taux 2026 | Ce que ça finance |
|---|---|---|
| Maladie-maternité | 6,5 % | Remboursements de soins, indemnités journalières en cas d'arrêt |
| Retraite de base | 17,75 % puis 0,72 %* | Pension de retraite du régime général |
| Retraite complémentaire | 8,1 % puis 9,1 %* | Points de retraite complémentaire (RCI) |
| Invalidité-décès | 1,3 % | Pension d'invalidité, capital décès aux ayants droit |
| Allocations familiales | 0 % à 5,25 %* | Financement de la branche famille (même sans enfant) |
| CSG/CRDS | 9,7 % | Financement de la Sécurité sociale et remboursement de la dette sociale |
| Formation professionnelle | forfait ≈ 163 €/an | Accès à des heures de formation financées |
*Taux variable selon un seuil de revenu — voir section suivante. Source : URSSAF, taux 2026.
Pourquoi le taux global n'est pas fixe
Trois de ces sept postes changent de taux à un seuil précis : le PASS (plafond annuel de la Sécurité sociale), fixé à 48 060 € en 2026. En dessous de ce seuil, la retraite de base prélève 17,75 % — au-dessus, ce taux chute à 0,72 % sur la part excédentaire, pendant que la retraite complémentaire augmente légèrement (8,1 % → 9,1 %) et que les allocations familiales, nulles jusqu'à 1,1 PASS, commencent à s'appliquer progressivement.
Résultat : le taux effectif global n'augmente pas continûment avec le revenu. Il oscille plutôt entre 42 % et 47 % selon la façon dont ces trois seuils se combinent :
| Revenu annuel | Total cotisations | Taux effectif | Revenu disponible |
|---|---|---|---|
| 30 000 € | 14 148 € | 47,2 % | 15 852 € |
| 40 000 € | 18 809 € | 47,0 % | 21 191 € |
| 60 000 € | 26 872 € | 44,8 % | 33 128 € |
| 80 000 € | 35 990 € | 45,0 % | 44 010 € |
| 100 000 € | 42 662 € | 42,7 % | 57 338 € |
Exemple détaillé pour 40 000 € de revenu
Pour un revenu professionnel de 40 000 € par an (donc en dessous du PASS), voici la décomposition exacte des 18 809 € de cotisations :
| Maladie-maternité (6,5 %) | 2 600 € |
| Retraite de base (17,75 %) | 7 100 € |
| Retraite complémentaire (8,1 %) | 3 240 € |
| Invalidité-décès (1,3 %) | 520 € |
| Allocations familiales | 0 € |
| CSG/CRDS (9,7 %) | 5 186 € |
| Formation professionnelle | 163 € |
| Total | 18 809 € (47,0 %) |
Les allocations familiales sont nulles ici car le revenu (40 000 €) reste sous le seuil de déclenchement (1,1 PASS = 52 866 €).
Point notable : la CSG/CRDS ne se calcule pas sur le revenu seul, mais sur une assiette élargie qui inclut le revenu plus les autres cotisations déjà calculées (hors elle-même). C'est pour cela qu'elle pèse plus que son taux de 9,7 % ne le laisse penser au premier regard.
L'ACRE réduit cinq postes sur sept — pas tous
La première année d'activité, l'ACRE applique un abattement de 50 % sur cinq des sept postes : maladie, retraite de base, retraite complémentaire, invalidité-décès et allocations familiales. En revanche, la CSG/CRDS et la formation professionnelle restent dues à taux plein, même avec l'ACRE.
Pour l'exemple à 40 000 € ci-dessus, l'ACRE ramène le total à 11 426 € (28,6 % au lieu de 47,0 %) — une économie de 7 383 € sur l'année. C'est une différence significative en phase de démarrage, mais elle ne divise pas la facture par deux exactement, contrairement à ce qu'on pourrait attendre d'un abattement de 50 %.
Au régime réel, vos cotisations dépendent d'une comptabilité à jour.