Un chiffre global qui cache 8 postes distincts
Quand un travailleur non salarié (EI au régime réel, gérant majoritaire d'EURL ou de SARL) regarde ses cotisations sociales, il voit généralement un seul montant prélevé — et un taux qui tourne autour de 45 % qui finit par ressembler à une simple ponction. En réalité, ce total additionne sept lignes de cotisations différentes, chacune calculée avec ses propres règles et finançant une protection sociale précise.
Comprendre cette décomposition change la perception du chiffre : ce n'est pas une taxe uniforme, c'est l'addition de plusieurs assurances obligatoires — retraite, santé, famille — dont certaines rapportent directement des droits futurs (une pension, des points de retraite complémentaire) et d'autres financent une solidarité plus large (allocations familiales, CSG).
D'abord, une base de calcul commune
Avant de détailler les postes, il faut comprendre ce qui a changé en 2026. Auparavant, chaque cotisation avait sa propre assiette, et la CSG-CRDS se calculait sur une base encore différente incluant les cotisations elles-mêmes — un calcul circulaire dont l'URSSAF sortait par itérations successives.
Depuis la réforme applicable à partir d'avril 2026, tout se calcule sur une assiette unique :
assiette = revenu professionnel brut × 74 %
soit un abattement forfaitaire de 26 %, encadré entre 845,86 € et 62 478 € en 2026
Le « revenu brut » s'entend avant déduction des cotisations sociales. Concrètement, pour un bénéfice de 40 000 €, les cotisations ne se calculent pas sur 40 000 € mais sur 29 600 €. Cet abattement remplace l'ancienne déduction des cotisations réelles.
En contrepartie de cette base réduite, les taux ont été relevés : la retraite de base passe de 17,75 % à 17,87 %, la complémentaire de 7 % à 8,1 %, et la maladie devient progressive jusqu'à 8,5 %. L'opération est conçue pour être globalement neutre sur le montant total, mais elle rééquilibre la répartition en faveur des cotisations qui ouvrent des droits — retraite, indemnités journalières — au détriment de la CSG-CRDS qui n'en ouvre aucun.
Les 8 postes de cotisations, un par un
| Poste | Taux 2026 | Ce que ça finance |
|---|---|---|
| Maladie-maternité | 0 % à 8,5 %* | Remboursements de soins |
| Indemnités journalières | 0,50 % | Versement en cas d'arrêt de travail |
| Retraite de base | 17,87 % + 0,72 %* | Pension de retraite du régime général |
| Retraite complémentaire | 8,1 % puis 9,1 %* | Points de retraite complémentaire (RCI) |
| Invalidité-décès | 1,3 % | Pension d'invalidité, capital décès aux ayants droit |
| Allocations familiales | 0 % à 3,1 %* | Financement de la branche famille (même sans enfant) |
| CSG/CRDS | 9,7 % | Financement de la Sécurité sociale et remboursement de la dette sociale |
| Formation professionnelle | forfait 120 à 139 €/an | Accès à des heures de formation financées |
*Taux variable selon le niveau d'assiette — voir section suivante. Tous ces taux s'appliquent à l'assiette unique, pas au revenu brut. Source : URSSAF, décret n° 2024-688, barèmes 2026.
Au régime réel, vos cotisations dépendent d'une comptabilité à jour.
Essayer Indy, sans engagementPourquoi le taux global n'est pas fixe
Plusieurs postes changent de taux selon le niveau d'assiette, en référence au PASS (plafond annuel de la Sécurité sociale), fixé à 48 060 € en 2026.
La maladie est devenue progressive : nulle sous 20 % du PASS, elle monte par paliers jusqu'à 8,5 % à partir de 3 PASS. La retraite de base prélève 17,87 % jusqu'au PASS, puis seulement 0,72 % sur la part au-dessus. La complémentaire passe de 8,1 % à 9,1 % au-delà du PASS. Enfin, les allocations familiales restent nulles jusqu'à 1,1 PASS avant de s'appliquer progressivement jusqu'à 3,1 %.
Attention : ces seuils s'apprécient sur l'assiette unique, pas sur le revenu brut. Un bénéfice de 65 000 € correspond à une assiette de 48 100 € — c'est cette dernière qui détermine les taux applicables.
Résultat : le taux effectif global n'augmente pas continûment avec le revenu. Il oscille autour de 30 à 33 % selon la façon dont ces seuils se combinent :
| Revenu annuel | Total cotisations | Taux effectif | Revenu disponible |
|---|---|---|---|
| 30 000 € | 9 103 € | 30,3 % | 20 897 € |
| 40 000 € | 12 632 € | 31,6 % | 27 368 € |
| 60 000 € | 19 571 € | 32,6 % | 40 429 € |
| 80 000 € | 25 463 € | 31,8 % | 54 537 € |
| 100 000 € | 31 205 € | 31,2 % | 68 795 € |
Exemple détaillé pour 40 000 € de revenu
Pour un revenu professionnel brut de 40 000 € par an, l'assiette unique s'établit à 29 600 € (40 000 × 74 %). Voici la décomposition exacte des 12 632 € de cotisations calculées sur cette base :
| Maladie-maternité (4,08 %) | 1 208 € |
| Indemnités journalières (0,50 %) | 148 € |
| Retraite de base (17,87 % + 0,72 %) | 5 503 € |
| Retraite complémentaire (8,1 %) | 2 398 € |
| Invalidité-décès (1,3 %) | 385 € |
| Allocations familiales | 0 € |
| CSG/CRDS (9,7 %) | 2 871 € |
| Formation professionnelle | 120 € |
| Total | 12 632 € (31,6 %) |
Les allocations familiales sont nulles ici car l'assiette (29 600 €) reste sous le seuil de déclenchement (1,1 PASS = 52 866 €). Le taux maladie de 4,08 % résulte du barème progressif appliqué à cette assiette.
Point notable : depuis la réforme, la CSG-CRDS se calcule sur la même assiette unique que les autres cotisations. Auparavant elle portait sur une base élargie incluant le revenu plus les cotisations déjà calculées, ce qui la rendait nettement plus lourde — sur cet exemple, elle serait passée de 2 871 € à plus de 5 000 €. C'est le principal allègement apporté par la réforme, compensé par la hausse des taux contributifs.
L'ACRE réduit quatre postes sur huit — pas tous
La première année d'activité, l'ACRE applique une exonération sur quatre des huit postes seulement : maladie, retraite de base, invalidité-décès et allocations familiales. En revanche, la retraite complémentaire, les indemnités journalières, la CSG-CRDS et la formation professionnelle restent dues à taux plein.
Pour l'exemple à 40 000 € ci-dessus, l'ACRE ramène le total à 10 858 € (27,1 % au lieu de 31,6 %) — une économie de 1 774 € sur l'année. C'est un coup de pouce réel en phase de démarrage, mais nettement moins déterminant qu'avant la réforme.
Un point de vigilance qui coûte cher : l'ACRE n'est plus automatique. La demande doit être déposée auprès de l'URSSAF dans les 60 jours suivant le début d'activité, sous peine de perdre définitivement le bénéfice de l'exonération.